Dans ce contexte chahuté, le cadre intellectuel dans lequel c'est construite la catalographie est évidemment menacé.
L'ISBD : le code et l'ordre
On se demande de plus en plus si l'ISBD a un avenir. Posons autrement la question : qu'y a-t-il à sauver dans les ISBD ?
- Le trésor ce sont les concepts, pas les codes
Les ISBD, ce sont à la fois des concepts et des codes : le titre propre et le point-espace-tiret-espace. Ces codes sont obsolètes : ils n'ont de sens que dans un contexte non informatique. Les concepts, eux, demeurent, même s'il est permis de les remettre en jeu. Le " pavé ISBD " est une présentation compacte codée, immédiatement lisible par un bibliothécaire. Il répondait à un double souci d'économie : de temps (on a une façon de dactylographier une description bibliographique) et de place (tout doit tenir sur une fiche bristol de 75x150 mm) Il est permis de proposer sur écran autre chose au public, par exemple une présentation par libellé.
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L'ordre des données est-il incontournable ?
L'intangibilité de l'ordre des zones et sous-zone répondait à la nécessité de lecture rapide par un professionnel. Rien n'empêche de moduler l'ordre des données en fonction du contexte, par exemple du type de document, de la nature de l'unité décrite (monographie, partie composante), de la question posée (rien n'est plus troublant pour l'utilisateur de ne pas retrouver dans la réponse les termes de sa question).
Description et accès
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Stocker des données non indexées n'a plus guère de sens
La limitation des accès répondait à des raisons d'économie : on ne pouvait multiplier les fiches bristol à l'infini. Distinguer encore clairement zones indexées et zones non indexées n'a, à mesure que la question de la taille des données perd de son importance, plus guère de sens. On peut à priori tout indexer, y compris les zones de notes. La distinction entre description et d'accès ne garde tout son sens qu'en ce qui concerne les accès contrôlés - les autorités, qui supposent de lier des notices bibliographiques à des notices d'autorité.
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Les systèmes gèrent des accès et génèrent des affichages
En catalogage manuel, on montre toutes les données, qu'on duplique in extenso pour chaque accès. En catalogage informatisé, rien n'empêche de n'afficher, en réponse à une question, que les données l'intéressant dans ce contexte, tandis qu'un système de fichiers d'index, créés automatiquement ou contrôlés par une gestion d'autorité. Cataloguer n'est plus donc saisir tout ce qui sera toujours montré et sélectionner quelques accès, c'est stocker un ensemble de données destinées selon les cas à être affichées ou traitées automatiquement pour effectuer contrôles et statistiques.
Catégories catalographiques
Nous avons présenté les concepts définis dans les ISBD comme un trésor. Celui-ci peut s'enrichir. On a vu que les métadonnées proposaient des notions nouvelles. Dans le cadre du programme de contrôle bibliographique universel de l'IFLA, les résultats d'un groupe de travail a été publié sous le titre de Spécifications fonctionnelles pour les notices bibliographiques (Functionnal requirements for bibliographic records1).
Ce document présente un effort de conceptualisation pour dépasser le cadre actuel des catégories bibliographiques sur le modèle entité-relation. Il n'a pas encore trouvé d'application pratique mais aucune réflexion sur l'avenir du catalogage ne peut ignorer son apport. On notera particulièrement :
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la distinction entre l'oeuvre (work), par exemple L'Art de la fugue de Bach, l'expression, par exemple son arrangement pour orchestre de chambre, et la manifestation, par exemple son édition phonographique sur disque compact en 1991 ;
- la déconnexion entre un type d'entité et la fonction qui lui est attribuée pour telle oeuvre, expression ou manifestation, ce qui permet par exemple de gérer une seule forme relative à une personne physique, qui peut par ailleurs être auteur, sujet ou éditeur d'un document.
Les autorités condamnées ou sauvées par l'économie ?
Les catalogues sont de plus en plus constitués, ou devraient l'être, de données importées de sources diverses. Les dispositifs d'accès simultanés à des catalogues multiples sont appelés à se développer. Voilà deux raisons qui peuvent paraître condamner à termes les autorités, dont la gestion se révélerait à la fois de plus en plus coûteuse (comment maintenir à toute force une cohérence quand les sources d'un catalogue sont multiples ?) et inutiles (à quoi sert la cohérence quand les catalogues interrogés simultanément ne le sont pas ?).
Si la question demeure pour les noms communs sujets, la gestion normalisée des personnes physiques et des colelctivités pourrait bien apparaître pour des raisons juridiques (protection et gestion des droits), c'est-à-dire finalement économique, avec des numéros d'identifications internationaux. Le monde des bibliothèques est déjà saisi par celui de l'édition des premières tentatives en ce sens.
Notes
1 Document déchargeable en format PDF : http://ifla.inist.fr/ifla/VII/s13/frbr/frbr.pdf